Abaissement du seuil de la brèche
L'Abbé Aubert a vécu sur le site du prieuré
en ermite pendant près de 10 ans avant de lancer les grands travaux de
transformation du site.
Il eut le temps de constater la dureté des conditions de vie dans ce
lieu et comprit que les conditions seraient plus agréables à partir
du moment où l'horizon serait un peu dégagé, en abaissant
le seuil de la brèche afin d'avoir un peu plus de lumière à
la hauteur de la chapelle Venture.
On peut lire, dans l'acte de fondation de 1664 d'Honoré Lambert en faveur
des frères Carmes : "... et parce que le soleil n'y entrait
de tout l'hiver, a fait ouvrir la montagne du côté du midi, voulant
ôter la grande humidité et rendre par ce moyen, le lieu beau et
sain, autant habitable qu'il était auparavant inhabitable".
On peut lire également : "Ayant puis quelques années été fait… une ouverture au dit roc du côté du midi à l’endroit où est à présent la chapelle pour la salubrité de l’air et commodité de ceux qui y résident, par laquelle on descend avec une échelle dans une certaine contenance de terrain…".
Le résultat de ce travail est bien visible de nos
jours :
En regardant les parois des falaises des 2 côtés de cette brèche
: on voit de nombreuses traces de forages réalisés à coup
de barre à mine sur une grande hauteur, montrant que le rocher a été
arraché par explosion.


Les trous de 5cm de diamètre et de plus de 1m de long étaient
réalisés avec une barre cylindrique en fer se terminant par un
burin en acier trempé : un « frappeur » cognait sur le manche,
puis un « aide-tourneur » faisait tourner le manchon d’un
angle de 15°. De temps en temps, une « curette » était
enfoncée dans le trou pour extraire les débris de roche. Même
avec des gros bras, on peut imaginer le temps nécessaire pour réaliser
un trou ! On enfonçait alors de la poudre noire (composée de salpêtre,
charbon de bois et soufre) et on le remplissait d’étoupe puis d’argile,
traversés par une mèche, on y mettait le feu et on recommençait
un peu plus loin !
Afin d’éviter d’écraser la chapelle Venture et d’obstruer
le trou de la fosse, les ouvriers devaient se débrouiller pour orienter
les tirs vers le sud, expédiant les roches au pied de la falaise.
La silhouette de cette cette brèche est particulièrement instructive, aussi bien du côté de l'esplanade :


que vue du ciel, au dessus du jardin des Moines:


Ces photos sont la meilleure preuve à l'appui du texte de 1664.
A partir de là, on peut reconstituer l'aspect original de la falaise avant ce travail titanesque :

La brèche faisant 12m de large, on voit que la
coupe, de chaque côté, monte à plus de 12m, même si,
au centre la hauteur a pu être plus faible, et ceci, avec une épaisseur
de 5m aux extrémités et de 3m au centre, représentant un
volume abattu d’environ 400m3.
© Copyright 2002, Les Amis de Sainte Victoire - Tous droits réservés.