Les Garagaïs de Sainte Victoire

 

En se promenant sur la crête de Sainte Victoire, on constate que la roche calcaire qui la compose est entaillée de fissures creusées par l’eau de ruissellement. Ces fissures peuvent atteindre des dimensions gigantesques, sans l’action de rivière mais seulement par l’eau de pluie qui s’infiltre et dissout la roche calcaire !

Ainsi, d’Est en Ouest, on trouve, près du Pic des Mouches, un gouffre sur la face nord, de près de 15 mètres de diamètre avec une profondeur de 15 mètres, pour déboucher sur 2 puits verticaux de 10 et 25 mètres de profondeur conduisant à une grande salle : c’est le « Garagaï de Cagoloup ».

 

Il représente un bel exemple de « puits de dissolution ». A n’en pas douter, l’eau qui a réalisé ce travail de sape ne s’arrête pas là et continue de s’infiltrer et de creuser sans qu’on puisse aujourd’hui suivre sa trace.

Mais on la retrouvera un jour...

 

Un peu plus loin, près de la Croix de Provence, on rencontre le « Garagaï » qui se présente sous la forme d’un tunnel; près de la crête, sur la face nord, on pénètre dans une cavité dont la voûte rocheuse est parfaitement polie et arrondie vers la gauche; c'est le départ des tracés noir et vert.

La voûte au dessus est épaisse et semble encore bien solide, même si on y voit des fissures...
On aperçoit rapidement le bout du tunnel, avec une superbe vue sur l'oppidum quand le temps le permet...

 

le boyau s’élargit alors pour former une grande salle

Pour y arriver, il faut descendre sur des dalles lissées par les eaux (et un peu par les randonneurs).

On aperçoit alors, vers l'est, une deuxième cavité mais qui ne débouche (pas encore) vers le haut.

La salle du bas est appelée "grotte aux hirondelles", d'abord parce qu'on y rencontre beaucoup d'hirondelles et sans doute aussi parce que cette salle a bien pu être, à des millions d'années en arrière, une vraie grotte: on y trouve en effet les concrétions que l'on retrouve dans d'autres grottes et ce qui surprend ici, c'est de les trouver à l'air libre!

 

La taille incroyable des stalagmitesnous laisse présager de l'âge de cette grotte!

 

Aussi, on peut facilement imaginer qu' à l'origine, cette salle était fermée par une paroi rocheuse au sud pour former une grotte sans issue.

Et puis, cette paroi, attaquée par les eaux, s'est effondrée, donnant alors cet aspect de tunnel.

 

Quand cette paroi existait, les eaux de ruissellement qui ne pouvaient donc s'échapper vers le sud, continuaient leur travail de sape en creusant un puits: ce gouffre existe, c'est le "Petit Garagaï"; il se trouve en bas à gauche de cette salle et a une profondeur de près de 150 mètres (il fut exploré pour la première fois en 1928).
Et, à cette époque, ce Garagaï devait fortement ressembler à celui de Cagolou : l'eau s'échappait au fond d'un gouffre, sans pouvoir en suivre sa trace, jusqu' à ce que le tunnel se creuse.

 

Un autre gouffre, appelé le "Grand Garagaï" se situe un peu plus à l'Ouest sur la paroi assez abrupte. Il ne tient son nom que parce que son ouverture est beaucoup plus large que celle du "Petit Garagaï", bien que sa profondeur ne soit que d'une quarantaine de mètres. Là encore, l'eau de ruissellement disparait au fond de ce gouffre sans laisser de trace;
A la sortie de la grotte aux hirondelles, nous nous retrouvons sur la face sud de Sainte Victoire!

 

En descendant un peu vers l'Est, on se retrouve bientôt sur un long pierrier

 

et le Garagaï n'apparait plus que comme un petit trou qui perd son aspect fantastique.

 

 

Ce Garagaï, fermé vers le Sud, il y a des millions d'années, avait donc la même apparence que celui de Cagolou.
Mais à quoi ressemblera-t-il dans quelques millions d'années?

Pour en avoir une idée, continuons notre chemin un peu à l’Ouest de la Croix: on arrive au Prieuré de Sainte Victoire, construit dans un aven qui descend jusqu’à 15 mètres sous la brèche des Moines.

 

 

 

La pente naturelle est cachée par l’esplanade horizontale qui a été réalisée par les Moines, au XVII ème siècle, en comblant partiellement ce "cône de dissolution".

On aperçoit le socle rocheux de ce délubre, dans le fond de la fosse, au bout de l'esplanade.

 

 

En fait, ce socle rocheux, visible au pied du mur de l'esplanade, s'enfonce brutalement de 10 mètres, en une sorte de cône pour aboutir à une ouverture à travers la falaise, 15 mètres sous la brèche des Moines :

Des remblais obstruent ce cône sur une hauteur de 8 mètres, laissant encore libre un passage de deux mètres de hauteur au niveau de l'ouverture dans la falaise.

 

Avec un peu d'imagination, cette fosse pourrait avoir été recouverte d'une voûte qui faisait se réunir les deux falaises surplombant aujourd'hui la brèche des Moines; et on avait alors un gouffre identique au Garagaï d'aujourd'hui.

En levant les yeux vers le haut de la falaise, à l'Ouest de la brèche des Moines, on devine le reste de l'arc de la voûte, avec une petite écaille qui se décolle et, plus prémonitoire, un énorme "pointillé" vertical qui pourrait laisser penser que ça sera le prochain morceau de voûte qui dégringolera!

 

 

Et puis, avec l'érosion, cette voûte se serait effondrée, donnant cet aspect d'aven.

L'eau de ruissellement qui tombe dans la fosse suinte 15 mètres plus bas dans la grotte naturelle, agrandie par les Moines au XVIIème siècle, et qui continue son travail d'érosion.

 

A une douzaine de mètres plus à l'Ouest se trouve une autre grotte naturelle, également agrandie par les Moines au XVIIème siècle, mais celle-ci n'a pas d'ouverture par le haut; on ne peut y accéder que par une ouverture naturelle au milieu de la falaise.

 

 

Mais le processus est le même : il y a déjà un cône au plafond par où l'eau ruisselle et on finira sûrement un jour par pouvoir s'y glisser!

 

Le tunnel de sortie est prêt; il ne manque que l'entrée pour l'appeler Garagaï!

 

   

Quelle conclusion?

C'est l'histoire d'un gouffre à travers les âges :

1er âge : Sur la face Nord moins pentue, un gouffre est creusé par l'eau qui disparaît au fonds (Cagolou)

2ème âge : L'eau, en continuant de creuser, a réussi à se faire un passage dans la falaise au sud (Garagaï de la Croix)

3ème âge : la voûte du tunnel ainsi creusé se fragilise et finit par tomber donnant cet aspect d'aven (Site du Prieuré)

L'étape suivante à laquelle on peut s'attendre est de voir se transformer le Garagaï de la Croix en aven tandis que les randonneurs emprunteront le tunnel de Cagolou à partir de la face Nord, pour descendre à Puyloubier....

mais on ne sera plus là pour le voir!

   

 

 

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